Les danses traditionnelles rwandaises
Pour sublimer la beauté de jeunes filles, des chants traditionnels rwandais les comparent à des vaches. Au plus le regard, la peau ou la démarche d’une demoiselle sont comparables à ceux d’une vache, au plus elles sont désirables. Sur cette vidéo, les jeunes filles dansent les bras levés afin de représenter les cornes des vaches. Les pas des danseuses rappellent aux spectateurs ceux d’un troupeau revenant des pâturages.
Les poèmes pastoraux
Dans cette vidéo, nous pouvons admirer les prouesses de deux poètes pastoraux rwandais. Alliant chant, poésie et force persuasive, Alphonse et Ancile tentent de montrer à l’assistance pourquoi et comment ce sont eux qui aiment et respectent le plus la vache. Leurs paroles sont presqu’intraduisibles en français, tant leur discours est imagé et poétique. Longtemps transmises oralement, la musique et la poésie véhiculent une histoire, des valeurs, des usages et le sens de la beauté d’une langue mise en valeur par des techniques vocales typiques.
Relation homme/animal

De tous temps l’élevage a joué un rôle très important pour les ménages rwandais. Lorsque la monnaie n’existait pas, les vaches avaient un rôle économique essentiel : elles constituaient la monnaie la plus forte. Au XIVe siècle, des troupeaux suivaient les armées partant pour la guerre. Aujourd’hui, l’élevage est pourvoyeur du fumier nécessaire pour augmenter les productions végétales. Posséder du bétail aide la famille à payer les frais de scolarité des enfants, les frais médicaux en cas de maladie. Cela constitue aussi une épargne familiale pour prévenir les cas éventuels de chocs ou catastrophes naturelles. Les bénéfices engendrés servent également à l’achat des habits et à l’amélioration de l’habitat. Finalement, l’élevage permet de renforcer les liens d’amitiés (dote, don à un ami). Ce n’est que lorsque tous ces besoins sont satisfaits que les produits d’origine animale peuvent être autoconsommés.
Au Rwanda, la vache est un signe de respectabilité et la garantie de stabilité sociale. Toute personne qui en a les moyens va rapidement s’en procurer. Il est rare d’être riche sans posséder de vaches. Dans le sud du pays, un propriétaire possède en moyenne de deux à trois vaches. Ces chiffres sont pourtant à manipuler avec précaution car un éleveur rwandais n’avouera jamais le nombre exact de vache qu’il possède. Si la plupart des petits propriétaires ruraux sont très attachés à leurs animaux, il est habituel, surtout dans les milieux riches, de confier l’animal à un vacher (gardien de troupeaux). Autrefois, lorsque la stabulation permanente n’était pas obligatoire, les vachers menaient les troupeaux aux pâturages et aux abreuvoirs.
Dans les expressions courantes, le rapport à la vache est constant. Par exemple, un garçon qui fait la cour à une fille peut la flatter en lui disant qu’elle marche comme une vache ou qu’elle a le regard ou la fierté d’une vache. Une salutation traditionnelle, « Amashyo », souhaite à l’interlocuteur « beaucoup de troupeaux ». En retour, la personne répond : « Amashyo n’gore », c'est-à-dire, « beaucoup de troupeaux avec des femelles ». Malgré quelques tentatives d’amélioration génétique, la plus grande partie du cheptel est constituée d’animaux de races locales peu productives. Le cheptel moyen par famille est réduit et de nombreux ménages vulnérables en sont dépourvus. La stabulation permanente est obligatoire au Rwanda depuis 2007, cela signifie que la divagation est interdite.

La vache ankole croisée avec des races dites « exotique ». La stabulation permanente est obligatoire au Rwanda depuis 2007, cela signifie que la divagation est interdite.
La vache ankole
Les Rwandais sont très attachés à la vache ankole, la vache rwandaise par excellence. Cette race s’est adaptée à l’environnement rwandais et résiste assez bien aux épizooties locales. Sa viande, très rouge, est appréciée. Sa peau, très fine, est recherchée pour son cuire. La dénomination « ankole » provient du nom d’une région du sud de l’Ouganda dont les vaches seraient originaires. La vache ankole a pourtant un inconvénient majeur : elle produit peu de lait, à peine trois litres de lait par jour en saison sèche, et cinq litres en saison des pluies. C’est pour cette raison que la politique actuelle rwandaise, notamment dans le cadre du projet « One Family, One Cow », encourage les éleveurs à se tourner vers l’élevage de races exotiques afin d’augmenter la production laitière. Il s’agit d’améliorer l’élevage bovin par l’importation de Jerseys ou Frisonnes et par l’intensification des inséminations artificielles. Il est également prévu de diminuer progressivement le nombre de bovins pour atteindre 400 000 têtes d’une capacité de production supérieure. La production des races exotiques ou croisées peut aller jusqu’à 10 litres de lait par jour.
Si cette nouvelle orientation a pour objectif de rendre le Rwanda autosuffisant en produits laitiers, elle présente quelques inconvénients : l’extinction de la race ankole, l’augmentation du prix du bœuf et la fragilité des paysans en cas d’épizooties. En effet, les races exotiques sont moins résistantes aux épizooties locales.

Etant donné le faible nombre de personnes actives à ce jour dans le secteur agricole (moins de 2 % de la population active), l’élevage ne rythme plus depuis longtemps le quotidien de la grande majorité des ménages belges. En revanche, il continue à rythmer celui de nombreux exploitants. En 2007, l’élevage bovin, par exemple, était présent dans 73% des exploitations en Région wallonne (Sud de la Belgique) et dans 52,5% des exploitations en Région flamande (Nord du pays). Mais au fil du temps, les diverses fonctions qu’il exerce dans la vie des éleveurs ont connu une profonde mutation, toujours en cours. A des rythmes distincts selon les spéculations, l’élevage se réduit de plus en plus à la seule dimension économique.
« Dans le temps »
Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, pour de nombreux agriculteurs belges, l’élevage demeurait encore un mode vie avant d’être une activité économique. Beaucoup d’exploitants ne pouvaient concevoir l’agriculture sans bétail. L’activité d’élevage structurait la vie de l’exploitant, de son épouse et de ses enfants. C’était vrai pour toutes les formes d’élevage, mais plus particulièrement dans le secteur bovin, auquel correspondait par excellence un modèle d’agriculture paysanne familiale.
A cette époque, la relation que nouaient l’éleveur et sa famille avec le cheptel laitier ou viandeux de l’exploitation était plurielle. Elle procédait d’abord de la transmission d’un héritage familial : on était éleveur de père en fils. Au point qu’élever des bovins allait de soi : cela faisait partie du cours normal des choses. D’autre part, la relation au cheptel était faite d’attachement. C’est aujourd’hui encore le cas dans de nombreuses exploitations, surtout les plus traditionnelles, devenues minoritaires. Dans ces fermes, où l’éleveur et sa famille vivent la naissance de chaque bête, s’occupent quotidiennement de l’animal et l’accompagnent jusqu’à la mort, un lien d’affection se noue inévitablement avec le bétail. Cela vaut davantage avec les races bovines exigeant beaucoup de soins, telles que la race blanc bleu belge, une race locale1. Autre facette de la relation au cheptel bovin caractéristique du milieu du 20ème siècle, le bétail était souvent considéré par l’éleveur et sa famille comme un « capital-refuge », la vente de deux ou trois bêtes pouvant dégager rapidement des fonds bienvenus en cas de coup dur. Enfin, le lien au cheptel bovin était aussi économique, bien entendu, le bétail étant un moyen nécessaire en vue de dégager un revenu issu de la production et commercialisation du lait, de la viande et autres produits. Mais en ce temps-là, la rentabilité économique avait une importance relativement secondaire.
Aujourd’hui
Depuis, les choses ont bien changé. Les élevages de porcs ou de volailles, qui se concentrent essentiellement dans le Nord du pays, sont devenus très industriels. Dans ces secteurs, les fermes paysannes ont fait place à des entreprises de grande taille, plus intensives, visant avant tout la rentabilité économique. Cette évolution a considérablement transformé le rapport à l’activité d’élevage et aux animaux. Dans ces exploitations, la dimension familiale de l’élevage et le mode de vie qu’il constituait ont disparu, tout comme l’attachement de l’éleveur à l’animal. Car l’éleveur ne connaît plus son troupeau : il le rentabilise.

Dans le secteur bovin, plus présent dans le Sud du pays, la situation est assez différente. La plupart des exploitations ont davantage conservé un caractère paysan familial. Une minorité de fermes très traditionnelles subsiste encore, où l’agriculteur pratique l’élevage bovin essentiellement par passion et parce qu’il a la « fibre de l’éleveur ». Lorsqu’à la faveur d’une crise du secteur, la rentabilité n’y est plus, la famille se sert les coudes et poursuit contre vents et marées, attendant des jours meilleures. Car le souci de la rentabilité reste secondaire. Mais cette manière de voire les choses tend à disparaître. Car l’agrandissement des fermes, l’intensification et l’industrialisation de la production sont en marche, certes plus progressivement que dans les autres secteurs d’élevage. Aujourd’hui, en général, les jeunes agriculteurs belges qui décident de se lancer dans l’élevage bovin ne le font plus par passion. Ils le font parce qu’ils estiment qu’investir dans cette spéculation peut s’avérer économiquement rentable. Mais si demain, la rentabilité n’est pas là, ils envisageront vite la l’abandon de cette spéculation pour réorienter leurs investissements au profit des grandes cultures, par exemple. Cela même si les investissements à consentir pour démarrer un élevage bovin peuvent s’avérer très lourds (comparativement à ce que l’on observe pour beaucoup d’autres spéculations)2, ce qui constitue une difficulté financière potentiellement importante pour réorienter la production agricole vers d’autres secteurs. Dans ce contexte changeant, le rapport existant entre l’éleveur et l’animal est radicalement altéré. Un éleveur détenant 40 bovins connaît son troupeau. Avec un cheptel de 200 bêtes, c’est impossible, que l’éleveur le veuille ou non. Car il faut rationaliser les activités et passer ainsi moins de temps avec chaque animal.
Et demain ?
En Région wallonne, surtout dans le secteur de l’élevage bovin, de nombreuses fermes demeurent beaucoup plus proches de formes d’agriculture paysanne familiale que d’un modèle d’agriculture industrielle. Mais pour combien de temps ? Au Nord comme au Sud, les orientations actuelles privilégiées par la Politique Agricole Commune (PAC) de l’Union européenne (importations massives de soja pour l’alimentation du bétail, sous-valorisation des productions herbagères et des cultures de protéagineux, démantèlement des instruments de gestion de l’offre, baisses des prix européens d’intervention, répartition inégalitaire des aides agricoles, restitutions aux exportations, …) contribuent sensiblement à l’industrialisation de l’agriculture et, ce faisant, à la disparition progressive de la paysannerie. Elle doit donc être réorientée d’urgence, dans le respect de la souveraineté alimentaire, des l’ensemble des droits fondamentaux des populations et de l’environnement.
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1. De nos jours, un veau de la race blanc bleu belge demande souvent jusqu’à une heure de soins chaque jour.
2. Le poids des investissements nécessaires dépend évidemment de l’échelle à laquelle l’élevage bovin est pratiqué, ainsi que des méthodes d’élevage privilégiées.